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surance qui lui fut donnée de l’assentiment secret de Borgella, pour le déterminer lui-même. Et il faut dire que les opposans des Cayes et ceux des autres localités, ne négligèrent nullement ce moyen d’embauchage : ils faisaient accroire que les cinq personnages désignés dans le Manifeste du 1er septembre pour être les membres du gouvernement provisoire, étaient d’accord avec eux, tandis qu’il n’en fut rien, assurément. D’autres bruits tout aussi inexacts circulèrent dans le même but : de paralyser les efforts du gouvernement et de ses défenseurs, de jeter l’incertitude dans les esprits, pour mieux les rallier à la cause de l’Opposition en armes contre le chef de l’État. Tantôt on disait qu’on ne visait pas à le déposséder du pouvoir, mais à obtenir de lui les améliorations réclamées pour le bonheur du peuple ; tantôt on prétendait n’être armé que contre les vicieuses institutions politiques, de la République, seules causes de tous les maux dont on se plaignait. « Le colonel Rigaud (à Saint-Marc), le colonel Hogu (aux Gonaïves), le général Guerrier (à la Marmelade), se sont mis à la tête du mouvement, » disaient certaines lettres que nous avons sous les yeux ; et ces paroles, semées dans les masses, produisaient l’effet désiré.

Quoi qu’il en soit, les insurgés de Praslin étaient en route le 31 janvier pour se rendre à l’Anse-d’Eynaud, quand ce jour-là les opposans de Jérémie se déclarèrent contre le gouvernement en prenant les armes. Là, l’embauchage des militaires avait été plus facile qu’aux Cayes. Le chef de bataillon Philisaire Laraque, justement estimé de tous les citoyens par ses qualités personnelles, avait promis son appui à l’Opposition ; il se manifesta avec elle et entraîna tout. Le 1er février, à la tête des gardes nationaux, il marcha contre l’arsenal qui lui fut livré sans coup férir, et de