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plet. Boyer appela tous les officiers au milieu du Champs-de-Mars ; il leur parla de l’insurrection, de son but, et des devoirs qu’ils civaient à remplir envers la patrie. Sa parole fut chaleureuse et éloquente, surtout lorsqu’il les entretint de la conduite du général Borgella : « Vous n’avez pas oublié, leur dit-il, avec quel dévouement ce brave, général amena la soumission du Sud à l’illustre Pétion, pour sauver la République ; avec quel courage il combattit contre les troupes de Christophe, dans le siége mémorable de 1812. Eh bien ! il vient de sauver encore la République, par sa fidélité à son gouvernement et à sa constitution. Imitez-le ! »

Hélas ! que fit de Borgella, l’Opposition, l’insurrection triomphante ? Elle en fit un complice des crimes imputés à Boyer, elle en fit un prisonnier aux Cayes ; et dans cette capitale qu’il avait défendue avec tant de bravoure, elle eût renouvelé ce tort, si la voix publique et de nouveaux événemens politiques ne lui eussent ouvert, les yeux.

Boyer avait immédiatement envoyé l’ordre à tous, les commasdans d’arrondissement de l’Ouest, de l’Artibonite et du Nord, de réunir les troupes sous leurs ordres au grand complet, afin de les diriger dans le Sud, s’il y avait lieu. Après la parade du 5, il revint au palais de la présidence où se trouvaient les fonctionnaires publics et des citoyens privés ; il parla de l’Opposition et de l’insurrection qui venait d’échouer aux Cayes. Mais il annonça qu’il n’avait aucune nouvelle de Jérémie et des autres communes de la Grande-Anse. « Les insurgés, dit-il, s’y sont rendus sans doute, et si les généraux Lazare et Segrettier ne remplissent pas leur devoir comme a fait le général Borgella, cela pourra devenir inquiétant, et il faudrait combattre. Les factieux veulent renverser mon gouvernement, mais