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Borgella au moment de l’alerte, remplissaient son balcon. M. Armand Durcé dit au milieu d’eux : « La révolution est dans tous les cœurs ; que le général la proclame, et nous le seconderons ! » Le capitaine Fabre Geffrard, quartier-maître de la gendarmerie, s’adressant alors à l’administrateur C. Ardouin, lui dit : « Proclamons donc la révolution, en criant : À bas le Président ! Vive le général Borgella ! » Mais, ni l’administrateur, ni aucune autre personne, ne répondirent au désir de ces deux membres de l’Opposition.

Le 27, le capitaine Geffrard avait été à Praslin, et il en était revenu pour essayer d’entraîner Borgella, dans le mouvement ; mais il s’abstint de lui communiquer cette pensée, préférant sans doute l’y déterminer par le concours de l’administrateur et des personnes qui étaient chez lui, ce qui eût couvert sa responsabilité envers le gouvernement, par cette manifestation qu’on eût pu qualifier populaire. Reconnaissant, au contraire, que ce concours lui manquait et que les officiers supérieurs avaient opiné pour la répression de l’insurrection, Geffrard, lié par la parole d’honneur qu’il avait donnée, prit la résolution de rejoindre ses compagnons à Praslin. Il partit dans l’après-midi du 28, en écrivant un billet qui fut remis ensuite à Borgella. Il lui donna une nouvelle assurance de son amitié, en lui promettant de le protéger, s’il y avait lieu, en lui recommandant en même temps sa famille. Son langage affectueux exprimait néanmoins cette situation de l’âme où se trouve un officier militaire qui ne déserte son poste que par des considérations supérieures qui l’entraînent, telles qu’on en remarque dans les révolutions politiques. Nous apprécierons bientôt cette unique défection à laquelle le général Borgella fut extrêmement sensible.