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Le général Borgella fut ensuite assez souvent renseigné des moindres démarches des opposans et de leurs trames ; mais les personnes qui lui donnaient ces avis le priaient toujours de ne pas les mettre en évidence, en lui avouant qu’elles ne voudraient pas paraître en justice pour soutenir une dénonciation. C’était de la pusillanimité, et un embarras pour lui ; il fallait donc attendre que des actes notoires de la part des opposans vinssent autoriser des poursuites contre eux ; mais ils s’en abstinrent, se bornant à faire une active propagande de leurs idées. Borgella en instruisit le Président, et celui-ci lui répondit de s’assurer des faits, d’arrêter les individus pour les faire juger, car on ne devait rien faire d’arbitraire. C’était fort bien dit ; mais comment prouver les faits, lorsque personne ne voulait les dénoncer légalement ? Comment arrêter préventivement des individus, sans donner suite à l’action de la justice ?… On peut dire, enfin, que Borgella partageait, aux Cayes, cette espèce d’hésitation, ce laisser-aller que manifestait Boyer luimême à la capitale, en présence de l’Opposition de cette ville. Comme lui, il pensait qu’elle était impuissante à armer les citoyens contre le gouvernement ; et il restait dans cette fausse sécurité, la pire manière d’agir, peut-être, pour un pouvoir établi. Car, aux Cayes, indépendamment du jeune Dominique qui était venu du Port-au-Prince se mettre en relations avec les opposans, on avait vu M. Wilson Phips venir aussi de Jérémie dans le même but. Avant eux, MM. Benoît, représentant de Santo-Domingo, Normil Dubois, représentant du Petit-Trou, Artémise, de Saint-Jean, avaient paru aux Cayes, évidemment pour s’entendre avec le chef de l’Opposition, président du comité directeur. Le 26 janvier, il y arriva encore, de Santo-Domingo un jeune