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donnait aussi la prévoyance des événemens qui surgiraient infailliblement de la révolution à laquelle l’Opposition aspirait.

Dans cette conviction, ayant appris positivement que les opposans des Cayes avaient eu des réunions clandestines ; désireux de prévenir plutôt que de punir, et dans l’espoir qu’il pourrait réussir à les amener à des sentimens modérés, il convoqua au bureau de l’arrondissement, à la fin de novembre 1842, une assemblée des fonctionnaires civils et militaires, des officiers de tous grades des troupes et de la garde nationale de la ville et de la campagne ; et là, il tint à eux tous et à bien des citoyens qui furent aussi présens, le langage que son autorité supérieure, que son expérience lui donnaient le droit de tenir, pour leur démontrer le danger des discordes civiles, des maux qu’elles entraînent toujours, et la perturbation qui suit toute révolution. Borgella leur dit, enfin, de réfléchir sérieusemet sur la situation réelle de la République dans l’actualité, après qu’elle eût traversé tant d’orages politiques ; et qu’il ne fallait pas la compromettre par le désir d’améliorations que chacun pouvait sans doute former, mais qu’on n’était pas sûr d’obtenir par l’agitation des esprits, et surtout par de coupables entreprises contre l’ordre établi et contre la paix publique.

Ces paroles firent impression sur la majorité de cette assemblée ; et Borgella se vit approuvé par tout son auditoire, tandis que quelques-uns, qu’il savait être fort compromis et qu’il aurait pu faire arrêter, persistaient intimement dans leur dessein[1].

  1. En descendant l’escalier, R. Hérard dit à quelqu’un : « Comme notre vieux général est adroit ! tout ce qu’il vient de dire n’est que pour endormir le Président ; car il est d’accord avec nous, il a accepté une place dans le gouvernement provisoire que nous établirons. » Et c’est par des assurances semblables, que les opposans grossissaient leur nombre.