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quer, il désapprouva cette entreprise comme dangereuse et devant produire plus de mal que l’administration de Boyer, que lui-même trouvait fort imparfaite : nous ne disons pas son gouvernement. À ce sujet, Bonnet dit des choses sérieuses à Franklin qui retourna fort abattu à la capitale. Indépendamment de sa haute capacité politique qui lui faisait prévoir l’avenir, Bonnet avait devant les yeux l’expérience de la session du Sud à laquelle il contribua. Il avait vu encore par quels miracles, pour ainsi dire, s’était effectuée l’unité haïtienne qui amena ensuite l’unité politique et territoriale d’Haïti à laquelle il concourut si dignement. Il n’est donc pas étonnant qu’après ces faits si glorieux et se voyant sur le bord de la tombe, il ait repoussé l’idée d’une révolution par la chute de Boyer[1].

Quant au général Borgella, il avait les mêmes motifs politiques que son collègue pour repousser cette révolution, et, comme lui, il était infirme par suite de l’apoplexie qui l’avait frappé en 1840[2]. Si, au temps de toute sa vigueur, il n’avait pas voulu condescendre, par une ambition qui eût été condamnable, à conspirer contre le pouvoir de Boyer avec qui il avait plus d’intimité que Bonnet, ce n’était certainement pas en 1843 qu’il aurait pu se placer à la remorque de l’Opposition. Il savait à quoi s’en tenir de son langage et de ses plans de régénération, pour être convaincu qu’elle ne ferait pas mieux que le Président dont il n’approuvait pas, néanmoins, tous les actes. Sa vieille expérience des affaires, des choses et des hommes, lui

  1. Entre antres choses. Bonnet aura dit à Franklin : « Vous travaillez pour le général Guerrier et pour le système du Nord. Une révolution démembrera la République. »

    Guerrier est effectivement parvenu au pouvoir ; mais, dans sa courte administration, il a refoulé l’ancien système du Nord et fait prévaloir celui de Pétion auquel il s’était converti. Il a tracé ce bel exemple à Pierrot et Riche.

  2. Cette appoplexie avait produit la paralysie de tout le côté gauche.