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1839. L’année précédente, dans l’adresse de la Chambre, elle avait dit, en demandant la révision de la constitution : « que cette constitution, malgré ses imperfections, avait eu la vertu de moraliser et de tranquilliser la République durant plus de vingt années. » Cette proposition insolite n’ayant pas été agréée par le Président et le Sénat, l’Opposition attaqua ce pacte fondamental, afin de saper ces deux pouvoirs ; elle en vint à lui attribuer tous les maux, réels ou imaginaires, qu’elle voyait dans l’Etat et qu’elle a énumérés dans son Manifeste.

En cela, il y avait un danger pour elle-même : c’est qu’elle prenait envers la nation un engagement solennel de reparer ces maux, de mieux faire que Boyer dans le gouvernement et l’administration du pays, sous peine de déchoir promptement dans l’opinion de tous et de tomber, à son tour, en présence de la situation qu’elle allait faire naître.

Il est peu de révolutionnaires qui se pénètrent de cette conséquence inévitable ; et nous croyons avoir dit une vérité prouvée par de nombreuses expériences, en parlant de Messeroux : « Il n’est pas donné à tout le monde de remplir le rôle de révolutionnaire. Pour y réussir et se maintenir, il faut avoir des antécédens honorables, du caractère et de la capacité, sinon l’on est promptement sifflé sur le théâtre où l’on se met en scène[1]. »

Le Manifeste avait désigné cinq personnages parmi les vétérans du pays, pour former le gouvernement provisoire ; mais il n’y en eut que trois qui répondirent à son appel.

Le général Bonnet venait de mourir le 9 janvier. Nous pouvons affirmer, d’après des témoignages dignes de foi, qu’ayant eu connaissance de cet acte par l’avocat Franklin qui alla à Saint-Marc expressément pour le lui communi-

  1. Voyez tome 6, p. 309.