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recevoir des complimens, d’entendre des vœux auxquels il n’ajoutait plus foi. Aucun des grands fonctionnaires ne parut à la cérémonie de la fête de l’indépendance, dont la direction fut laissée au général Victor Poil, commandant de l’arrondissement. Quelques fonctionnaires et employés l’assistèrent. La journée fut donc triste ; car la division d’opinions politiques, existante entre la plupart des citoyens, n’était pas propre à la rendre gaie comme autrefois.

Si le Président s’éloignait de beaucoup de ses concitoyens, il n’était pas moins dégoûté, et depuis longtemps, des étrangers résidans dans le pays, qui, la plupart, applaudissaient à l’Opposition dont ils espéraient « des réformes radicales, » en cas de succès. On conçoit qu’il s’agit ici « des droits de cité et de propriété » que bien des opposans étaient d’avis de leur concéder. Dans cette disposition d’esprit, le Président fit publier dans le Télégraphe du 1er janvier, un avis officiel par lequel les conseils de notables et les juges de paix étaient invités à délivrer des patentes, pour l’année, à tous étrangers qui, antérieurement, avaient obtenu de lui la licence nécessaire pour exercer leur commerce ou leur industrie ; mais en leurs noms personnels et sans y comprendre leurs associés, également étrangers. Par cet avis, Boyer évitait tout rapport avec eux, même par pétitions.

Le lundi 9 du mois, vers minuit, le général Bonnet termina à Saint-Marc, à l’âge de 70 ans, une carrière de plus d’un demi-siècle employée au service de son pays. Ce fut encore un motif de regrets pour la République dont il avait été l’un des plus zélés fondateurs. Nos lecteurs se ressouviendront de tout ce que nous avous dit de lui, dans les phases diverses de nos révolutious, à propos de ses talens et de sa haute capacité politique, administrative et militaire.