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sor du Port-au-Prince. En décembre, on y vit arriver tous les quartiers-maîtres des corps de l’armée, à l’occasion d’une revue de solde. C’était imposer à ces officiers payeurs un voyage inutile et des frais injustes, en même temps que les troupes devaient s’impatienter du retard mis à recevoir leur solde[1].

Le pays avait fait une grande perte, la ville du Cap-Haïtien particulièrement, par la mort du général E. Bottex arrivée le 10 février de cette année. Nous avons déjà parlé de l’ordre qu’il rétablit et qu’il maintint dans l’arrondissement dont le commandement important lui fui confié en 1837. C’est à lui, à sa sollicitude éclairée, qu’on avait dû la parfaite restauration de la belle église du Cap-Haïtien, qui avait été incendiée en 1802 et qui fut achevée en 1841 : le tremblement de terre du 7 mai n’en a fait que des ruines. On a dit à sa mort, non sans quelque raison peut-être, que le vieux projet de scission entre le Nord et la République avait été repris par certains esprits inquiets, aussitôt qu’il cessa de vivre ; car il s’y était toujours opposé. On a même assuré que, sans le tremblement de terre, cette grave folie eût été essayée dans cette année même. On sait du reste qu’elle fut tentée en 1844.

Le colonel Charrier, fait général de brigade, succéda à Bottex. Ayant eu une cuisse brisée dans l’événement, ce vieil officier ne tarda pas à mourir, et le général Obas resta chargé de cet arrondissement.

Le 24 octobre suivant, un autre vétéran du pays, le con-

  1. En décembre, l’administratenr C. Ardouin adressa à M. Pilié une lettre particulière pour lui faire connaître ces inconvéniens. Il lui disait : « On conspire ouvertement aux Cayes ; donnez-moi donc l’autorisation d’échanger contre des billets de caisse les doublons que le trésor vient de recevoir, afin de payer les troupes et les fonctionnaires publics… » Et il fallait cacher ces choses à Boyer, sous peine de passer à ses yeux pour être pusillanime !