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prendre des renseignemens à ce sujet et de demander un exemplaire du tarif des douanes haïtiennes qui lui fut remis par le général Inginac. De sorte que, de la malencontreuse capture commise par l’enseigne Candiau Michel, allaient naître, entre l’Espagne et Haïti, des relations commerciales qui eussent rapproché les deux nations, si la révolution de 1845 ne fût survenue[1]. Ainsi il en avait été de la mission de Dravermann, en 1814, entre la France et la jeune République.

Il est presque inutile de parler du rôle que joua l’Opposition durant cette affaire : on peut le concevoir. Le journal le Manifeste alla jusqu’à proposer qu’il fût établi un impôt extraordinaire de 4 millions de piastres, pour subvenir aux frais d’armement d’une flotte qui, partant d’Haïti avec des troupes, irait faire la conquête de Cuba, en y proclamant la liberté générale des esclaves de cette île, en y incendiant tous les établissemens agricoles. Et lorsque le gouvernement accorda les justes demandes réclamées, ce fut un concert de malédictions jetées par les patriotes qui aspiraient à régénérer le pays. C’est qu’alors, ils étaient dans le secret de ce qui se préparait contre lui.

À Jérémie, où s’élaboraient, comme aux Cayes, comme au Port-au-Prince et ailleurs, des idées révolutionnaires, c’était dans des « banquets patriotiques » qu’elles se manifestaient assez clairement. Les opposans imaginèrent ces réunions, qu’ils faisaient dans les campagnes sur les habitations des petits propriétaires, pour mieux les endoctriner. Par des discours, par des toasts, ils excitaient les désirs de ces paisibles citoyens en faveur du nouvel ordre de choses qu’ils espéraient fonder, en leur promettant surtout une

  1. À la fin de mars 1843, le Congreso revenait dans ce but au Port-au-Prince. Ayant appris le départ de Boyer, M. de Pointillo retourna a Cuba.