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porter ; mais ayant su ensuite que les généraux circonvoisins avaient rempli cette tâche, il contremanda cet ordre, par la raison que ce serait accumuler des bouches inutiles sur le lieu du sinistre où les provisions manquaient. Il fit paraître une proclamation, le 18 mai, dans laquelle il exprima une vive indignation à propos de ces actes condamnables[1].

Mais l’Opposition, toujours active et prête à saisir les moindres occasions de censurer le gouvernement, se plaignit de l’inaction du pouvoir central en cette circonstance. Elle lui reprocha de n’avoir pas même envoyé au Cap-Haïtien un officier de grade élevé (ceux qui y allèrent n’étant que de grades inférieurs), pour le représenter auprès des populations victimes de ce désastreux événement et leur porter des paroles de sympathie, en même temps qu’il fetait punir, sur les lieux, les campagnards qni s’étaient joints aux citadins pour piller leurs infortunés concitoyens. Elle eût voulu que des sommes d’argent fussent immédiatentent distribuées aux plus nécessiteux, et qu’un million de gourdes fût affecté pour la réédification du Cap-Haïtien seul, à, cause de son importance politique et commerciale.

Il y avait certainement de l’exagération dans ces désirs, mais les plaintes étaient assez fondées. Lorsqu’une calamité extraordinaire frappe de ses rigueurs une partie de la population d’un pays, il est du devoir de son gouvernement de montrer une active sollicitude envers elle ; et si le chef de l’État lui-même ne peut se porter sur les lieux pour lui donner des témoignages de sa sympathie, la consoler par des paroles qui expriment ses sentimens personnels, qui

  1. Boyer fut même malade à cette occasion, tant son tempérament nerveux était impressionnable.