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de l’Amérique, bien des événemens semblables ont frappé ces différens pays : le nôtre garde le souvenir de ceux qu’il a essuyés en 1564, 1684, 1691, 1701, 1713 ; 1734, 1751 et 1770 ; il gardera encore le souvenir de celui de 1842, car il fut effroyable. Commencé heureusement vers 5 heures et demie de l’après-midi, il dura cinq minutés entières. Tout le côté nord de l’île, depuis la presqu’île de Samana jusqu’au Môle Saint-Nicolas, fut la partie la plus tourmentée. On remarqua que, pendant ces cinq minutes, la terre éprouvait un mouvement oscillatoire de l’est à l’ouest : dans le Nord, il y eut aussi trépidation, ce qui fut cause de la chute de toutes les constructions en maçonnerie. En une minute au plus, celles des villes du Cap-Haïtien, du Port-de-Paix, du Môle Saint-Nicolas, du Fort-Liberté et de Saint-Yague, n’étaient qu’un monceau de décombres. Au Cap-Haïtien, il périt environ 5, 000 âmes, la moitié de la population ; au Port-de-Paix, environ 200 ; à Saint-Yague, 200 ; dans les autres lieux un peu moins. Au Port-de-Paix, la mer se retira à 200 pas du rivage et revint ensuite pour envahir la ville à plus de 15 pieds de hauteur : ceux qui avaient échappé à la chute des édifices, furent noyés. À Saint-Yague, la rivière d’Yaque se partagea en deux portions, laissant un passage a sec ; la portion supérieure remonta vers sa source, puis revint avec impétuosité se réunir à l’autre. Au Fort-Liberté, à Monte-Christ, la mer se joignit aux eaux des rivières du Massacre et d’Yaque pour inonder les campagnes voisines. Des sources d’eau salée et de bitume surgirent dans plusieurs montagnes sur le littoral. Durant toute la journée du 7, l’atmosphère était chargée de nuages et il ne venta point ; aussi la chaleur était étouffante : vers midi, on avait aperçu un météore igné.