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environ une douzaine de communes ne s’y trouvaient pas représentées, et que parmi ces dernières figuraient quatre chefs-lieux de département : le Port-au-Prince, les Cayes, les Gonaïves et Santo-Domingo. La ville du Cap-Haïtien n’était elle-même représentée que par M. J.-B. Tassy, — M. T. Dejoie, second représentant, s’étant abstenu.

L’abstention volontaire était déjà une protestation publique contre l’inconstitutionnalité des décisions de la Chambre ; mais, considérée par elle comme « démission » de la part des représentans, elle prenait un caractère aussi grave que celui des éliminations que cette législature n’avait-pas plus le droit de prononcer que la précédente.

Une telle situation devenait un danger réel pour la stabilité des institutions ; elle devait porter tous les esprits à réfléchir sur les procédés de la Chambre, et du gouvernement qui ne parlaient que de leur maintien. Aux yeux de l’Opposition, ce n’étaient déjà que de vains mots ; à ceux des citoyens qui étaient désireux de tranquillité, de paix publique, ces procédés n’étaient que de flagrantes irrégularités qu’on ne pouvait défendre par aucun raisonnement. Et était-il possible que les fonctionnaires de l’État, que les chefs militaires, que l’armée tout entière, ne fussent pas influencés par l’Opposition qui plaidait en faveur des principes conservateurs de la constitution elle-même, toute défectueuse qu’elle la trouvât ?

Alors, que devait faire Boyer, avec le concours qu’il trouvait dans la Chambre des communes, désormais obligée à faire des actes propres à réparer au moins, à pallier ceux que nous venons de relater, — avec l’appui que lui assurait le Sénat dans la marche du gouvernement ? Il devait, plus que jamais, faire-usage de l’initiative attribuée au Président d’Haïti pour proposer, dans cette session