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de l’Etat, l’effroi des méchans ; et vous justifierez constamment ma confiance en vous. »

Dans ses séances des 21 et 22 avril, la Chambre examina la conduite des représentans qui, sans une permission d’elle, avaient quitté la capitale pour se rendre dans leurs communes respectives. Elle leur accorda un délai de vingt jours pour rentrer dans son sein ; et que ce délai expiré, ceux qui ne s’y conformeraient pas, seraient considérés comme « démissionnaires, » et leurs suppléans seraient appelés à les remplacer. Le 29, elle prononça la déchéance de M. Rinchère, sur la connaissance acquise du jugement qu’il avait encouru et de son exécution : elle appela son suppléant, ainsi que ceux des quatre éliminés de 1839, à venir siéger en leur place. Mais aucun de tous ces suppléans, également de l’Opposition, n’obtempéra à cette invitation.

Une fois entrée dans la voie des rigueurs, la Chambre des communes ne pouvait guère s’y arrêter. Le n° 3 du Manifeste du 17 avril lui en fournit une nouvelle occasion : elle considéra cette feuille, qui parlait de la séance du 12, comme « fausse, dérisoire, dangereuse et blessant la dignité de la représentation nationale. » En conséquence, elle dénonça M. Dumai Lespinasse, auteur de l’article, au grand juge pour qu’il ordonnât des poursuites contre lui. Le ministère public obtint un jugement par défaut du tribunal correctionnel qui le condamna à une année d’emprisonnement. Mais M. Dumai Lespinasse partit pour la Jamaïque[1].

On remarquera que, par suite des éliminations prononcées et des démissions constatées par la Chambre, à raison de l’abstention volontaire de plusieurs de ses membres,

  1. M. Devimeux et lui, en choisissant cette île pour refuge, indiquaient ainsi à bien des Haïtiens la voie de salut qu’ils suivraient également un peu plus tard.