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couplets de la Marseillaise ; ils s’étaient dissipés à l’approche de quelques militaires envoyés du bureau de la place. On remarqua ensuite que les agitateurs se procuraient des armes prohibées par les lois, telles que stylet, poignard, etc. : le 26 mars une ordonnance de police parut pour en défendre la vente et le port, sous peine de poursuites et de punition contre les délinquans. Le 28, une autre fut publiée pour défendre les attroupemens qui se formaient incessamment, et menacer les délinquans de l’application de la loi y relative.

Ces faits se passaient à l’occasion de L’arrivée successive des nouveaux représentans dont la réunion était prescrite au 1er avril. Le 2, quinze d’entre eux, auxquels s’en joignirent cinq autres quelques jours après, s’entendirent pour rédiger une protestation contre l’admission, à la Chambre, des éliminés de 1839, « attendu que la mission du député à la représentation nationale n’est point et ne peut être de former dans le sein du corps législatif, une opposition systématique dans le but conçu à l’avance d’entraver la marche des travaux de ce corps et de rompre l’harmonie sans laquelle il lui est impossible d’accomplir l’exercice de ses fonctions, etc., entendant se séparer de tous autres représentans qui ne voudraient pas concourir à cet acte, et se réservant, dans ce cas, d’aviser, de concert avec le Sénat et le pouvoir exécutif, aux moyens de sauver la chose publique des malheurs dont elle est menacée[1]. »

Cette protestation avait été imaginée par le général Inginac, pour former une majorité qui serait ainsi soustraite à l’influence des opposans : ils étaient en grand nombre parmi les représentans. À cet effet, il fit appeler successi-

  1. Buletin des lois, n° 1er. Toutes les citations qui suivront celle-ci sont égalemeut tirées de ce Bulletin et du n° 2.