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tion doit être fixée sur les projets que certains hommes n’ont cessé de former, depuis quelques années, dans le but de renverser la constitution de l’Etat et les pouvoirs auxquels elle a plus particulièrement attribué la direction générale des affaires publiques. Il n’est plus permis à personne de douter des intentions qui animent ces individus : leurs actes, leurs discours, leurs vœux ont reçu une telle publicité, qu’elle devient un éclatant témoignage de ces projets criminels. C’est à la source de tous les pouvoirs constitués, qu’ils ont remonté, pour attaquer la société dans son état actuel, afin de substituer à l’ordre de choses existant un avenir indéfini qui peut être un mystère pour les moins clairvoyant, mais, qui n’en saurait être un pour les hommes doués de quelque sens. C’est à la constitution, enfin ; qu’ils osent prétendre de porter une main sacrilège, parce qu’ils savent fort bien qu’ils ne pourraient attaquer les pouvoirs dirigeans, sans se montrer coupables envers ce pacte fondamental dont ces pouvoirs tiennent leurs prérogatives. Ainsi, on les a vus dans la session de 1838, égarant la majorité de la Chambre des représentans, persuader à ce corps qu’il devait prendre l’initiative a l’égard de la révision dé la constitution, tandis qu’au Sénat seul il appartient de faire cette proposition ; on les a vus alors indiquer au Président d’Haïti la nécessité de plusieurs lois dont l’ajournement n’avait eu lieu jusque-là que par la situation politique où Haïti s’était trouvée à l’égard de l’étranger. Ils sentaient bien que cette situation ayant changé par les traités conclus en 1838, le pouvoir, exécutif n’eût pas hésité à promouvoir le bien qu’il est plus spécialement chargé de produire ; mais ils voulaient, par cette insidieuse manifestation, se donner, aux yeux de la nation, le mérite d’avoir provoqué des mesures utiles, afin d’essayer de