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Quant aux généraux, Riche, Lacroix, Carrié, Lazare, Obas, Voltaire, Segrettier, Gardel, et Panayoty méritaient leur promotion au grade divisionnaire[1].

Le Président aurait dû, ce nous semble, envisageant la situation politique, ne pas hésiter â réorganiser l’armée tout entière, en procédant aux nombreux remplacemens d’officiers qu’il y avait à faire dans les corps ; car il y existait des lacunes. Son système d’économie avait poussé les choses jusqu’à interdire, dans les troupes, même des remplacemens de simples caporaux : les plus anciens soldats en faisaient le service, sans jouir de la solde y attachée, sans pouvoir porter à leurs bras le morceau de drap rouge, signe de ce premier grade. Evidemment, ce système adopté par Boyer avait eu pour but de réduire insensiblement l’état militaire du pays, par les extinctions naturelles surtout dans les états-majors, à ce que comportait la situation, de ses finances et la paix dont il jouissait à l’extérieur. Mais, du moment qu’il avait laissé grandir l’Opposition à l’intérieur, par son obstination à ne pas user de son initiative pour opérer les réformes qu’elle sollicitait de son pouvoir, il aurait dû comprendre que ce pouvoir n’avait d’autre appui que l’armée, et il fallait alors la satisfaire dans tous ses rangs pour empêcher sa défection en faveur des agitateurs. En outre, ce système préparait, à son insu, l’effrayante réaction qu’on a vue ensuite, dès la chute du Président, en faveur des grades militaires.

Boyer comptait de plus, sur les dispositions paisibles des

  1. Au 27 février, il y avait 5 généraux de division et 9 généraux de brigade, quand le Président promut les 5 colonels dont il s’agit. Les 9 généraux de brigade étaient tous de vieux militaires, arrivés à ce grade depuis longtemps ; leur promotion aurait été pour eux et pour le pays une grande satisfaction.