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d’améliorer est le danger d’innover, mais elle sait aussi que, lorsque les réformes sont l’œuvre de la sagesse, lorsqu’elles sont réclamées par un impérieux besoin, lorsqu’une intelligence de progrès préside à leur introduction, qu’elles sont analogues aux principes conservateurs et dans l’esprit des institutions, qu’elles servent à leur donner des développemens vivaces, le danger cesse ; et il ne reste que le bien et l’utile.

» En applaudissant aux succès de vos efforts, la Chambre ne se le dissimule pas : le traité financier, à part les obligations actuelles, est un mandat tiré sur la postérité ; et si nous léguons à la génération future l’honneur d’en acquitter les derniers termes, transmettons-lui du moins le présent avec toutes les garanties qu’exige l’avenir. Comblons nos cavités sociales qui sont, dans les prévisions dès esprits éclairés, des abîmes où vont s’engloutir les espérances des peuples, si la prévoyance n’en fixe les destinées. Non, ce n’est pas innover que de consacrer des principes pour empêcher que l’ordre ne soit abandonné au hasard des variations politiques ; au contraire, c’est accomplir un devoir sacré, c’est affermir la société[1].

» La plus grande célébrité dont les annales du monde offrent le témoignage, le génie qui pensait avoir dérobé le feu du ciel pour en doter sa patrie, a dit. : « La vie d’un homme est trop courte pour faire le bonheur d’une nation ; les institutions seules peuvent conquérir l’avenir. »

» Cette pensée était aussi dans le cœur de votre illustre prédécesseur ; il en était profondément ému, lorsqu’au milieu des plus violentes convulsions civiles, il osa déposer

  1. Ce paragraphe et le précédent répondaient an discours de Boyer, sur le danger de « l’esprit d’innovation si funeste aux Etats. »