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ce journal, et la même imprimerie publiait deux autres petites feuilles sous ce titre : le Maringouin et le Cancanier. Il ne parut pas nécessaire au gouvernement de faire ce qui a lieu dans d’autres pays : d’imposer par une loi des conditions à l’industrie des imprimeurs, aux éditeurs de journaux, à leurs gérans, les peines établies par le code pénal lui semblant suffisantes pour la répression des délits commis par la voie de la presse. Le cas échéant, c’était aux tribunaux à en faire une juste application ; mais dans un prochain avenir, on allait reconnaître l’inefficacité de ces moyens légaux.

Si, au mois de mars, un accueil bienveillant avait été fait, au Port-au-Prince comme en d’autres lieux, à M. John Candler, quaker anglais, et à M. Victor Schœlcher, abolitioniste français, qui vinrent visiter Haïti[1], — au mois d’avril, peu de jours après la fondation du Manifeste, une réception différente fut faite à M. Granier de Cassagnac qui arriva à la capitale sur la corvette française la Perle, venant de la Martinique. On avait été avisé de sa prochaine visite, et à peine était-il débarqué, le 17, que dans la soirée une trentaine de jeunes hommes allèrent au devant de l’hôtel de la marine où il logea, effectuer un charivari qu’ils avaient médité, au souvenir des publications furibondes que ce partisan de l’esclavage, cet ennemi de la race africaine avait faites, deux ans auparavant, dans la Revue de Paris, pour soutenir ses opinions contre l’affranchissement des esclaves dans les colonies françaises. Or, les esprits les plus généreux, en France, réclamaient cette mesure humanitaire, et en 1840, la commission présidée par

  1. M. John Candler a publié un volume sur son voyage a Haïti. M. V. Schœlcher en a publié un également. On a pu remarquer dans ces volumes la différence qui existe entre un quaker et un abolitioniste…