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sident écrivit au général Bazelais et aux autorités composant le conseil de notables, et leur enjoignit de ne pas considérer cet étranger comme ayant acquis la qualité de citoyen, en félicitant le conseil du refus qu’il lui avait fait. Par ces ordres, Boyer réfuta surtout les prétentions de M. Smith, d’après l’art. 28 de la constitution de 1806, corroboré par l’article 38 de celle de 1816, pour s’être trouvé présent dans le pays, avoir été admis dans la République à cette époque. C’était juger de la question comme le Sénat et Pétion en avaient décidé à l’égard de M. Olivier Carter, autre Anglais, en 1812[1]. Malgré cette décision, d’autres autorités de Jérémie continuèrent postérieurement à qualifier M. Smith de « citoyen d’Haïti. » En 1828, la commission chargée de taxer les personnes pour la contribution extraordinaire, à raison de leurs propriétés, consulta M. Imbert, secrétaire d’Etat, à ce sujet ; et ce fonctionnaire ordonna de taxer les propriétés possédées par le sieur Smith : de là l’idée que le gouvernement lui reconnaissait la qualité de citoyen, puisqu’il n’ordonnait pas en même temps de poursuivre l’annullation des actes en vertu desquels il les possédait, ce qui aurait dû avoir lieu dès 1819. Et notez qu’en 1828 le sieur Smith avouait lui-même, dans une lettre du 20 mars adressée à cette commission, « qu’il existait une équivoque dans son état civil. »

Il avait suffi des ordres du Président, en 1819, pour le rendre mécontent ; et quand l’Opposition prit naissance à Jérémie, lié d’amitié avec M. Féry, le sieur Smith s’y rangea avec toute l’ardeur de son caractère irascible : personne n’était autant que lui actif dans les idées de résistance au gouvernement. Le 6 février 1840, dans la circulaire du secrétaire d’Etat aux conseils de notables,

  1. Voyez tome 8 de cet ouvrage, pages 28 et suivantes.