Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 11.djvu/110

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


des changemens funestes à la prospérité du pays, notamment en ce qui concerne « la présidence à vie et l’exclusion de la race blanche de la société haïtienne, etc. » Enfin, ces officiers priaient le Président de compter sur la fidélité et l’obéissance de toute l’armée de la République dont ils se rendaient les organes[1].

Cette adresse fut publiée dans le Télégraphe du 27 octobre ; elle servit de type à une foule d’autres de la part des autres corps de l’armée, des généraux et autres officiers, des magistrats et des fonctionnaires publics dans toute l’étendue de la République. À l’envi, chacun se plut à témoigner de son dévouement au chef de l’État et de son désir de coopérer avec lui au maintien des institutions politiques du pays ; et ces actes ne servirent que trop à porter Boyer à penser que l’Opposition ne pourrait rien de plus que ce qu’elle avait fait, que de son côté il devait persévérer dans sa manière de voir les choses et d’administrer comme par le passé.

Cependant, il aurait dû réfléchir, quant à l’Opposition et à ceux qui s’en étaient déclarés les organes dans la Chambre des communes, qu’elle et eux ne s’arrêteraient pas là et qu’il n’était pas dans la nature des choses, que des représentans exclus, expulsés ou éliminés de cette Chambre, en violation ouverte du pacte social qui garantissait la liberté de leurs opinions, se soumissent passivement au décret rendu par leurs collègues. Aux yeux du public éclairé et de la majorité du peuple même, l’exclusion prononcée contre eux dans ces circonstances ne devait paraître que l’effet d’une passion, ou d’une intimidation exercée sur

  1. Il est certain que divers colonels s’étaient adressés au secrétaire général Inginac, pour lui manifester leur désir de donner publiquement à Boyer un témoignage de leur fidélité. Il leur conseilla de faire une adresse collective, et ils le prièrent de la rédiger pour eux.