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prise et qui mettait un terme aux anxiétés publiques. Des poignées de main se donnèrent et la réconciliation entre le Sénat et te Chambre s’opéra de cette manière[1].

Le lendemain, la Chambre reconstituée se réunit à l’extraordinaire. Elle arrêta que : « les représentans H. Dumesle, D. Saint-Preux, Beaugé, E. Lochard, E. Lartigue, Couret et Loizeau, ayant provoqué une collision entre les pouvoirs politiques sur l’interprétation des art. 107, 108 et 109 de la constitution, seront sommés de comparaître pardevant la Chambre pour se rétracter, faute de quoi ils seront éliminés de son sein. »

Les six représentans désignés ne s’étaient point présentés, ni à la séance du 7, ni à celle du 8. En recevant la sommation ci-dessus, ils rédigèrent ensemble une déclaration motivée dans laquelle, loin de se rétracter, ils soutenaient leurs opinions d’après leurs convictions sur le sens de ces articles constitutionnels. Ils adressèrent cette déclaration à la Chambre. Celle-ci se réunit le 9, et après en avoir pris lecture, elle décréta l’élimination de H. Dumesle, D. Saint-Preux, Beaugé, E. Lochard, E. Lartigue et Couret, attendu que Loizeau seul comparut à la séance et adhéra à l’œuvre de la majorité. La Chambre envoya immédiatement une députation auprès du Président d’Haïti pour lui annoncer la mesure qu’elle venait de prendre.

Le même jour, le Sénat se réunit à l’extraordinaire. Sa députation envoyée le 7 auprès de Boyer, lui rendit compte de sa rencontre au palais avec celle de la Chambre : il ordonna l’impression des paroles prononcées à cette oc-

  1. L’histoire pour être complète, doit dire que cette réconciliation fut encore scellée par des bouteilles d’excellent vin de Champagne que fit apporter Boyer. Il était heureux de voir terminer tout conflit entre les pouvoirs politiques. Hélas ! pourquoi ne fut-il pas doué d’un caractère moins ardent !