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faites, furent toutes repoussées par MM. Esmangart et Pichon, au nom de leur gouvernement. Celui-ci, sachant que Boyer avait adhéré à la combinaison de M. Laffitte, espérait l’y ramener. En conséquence, une ordonnance fut rendue par Charles X, le 23 décembre 1828, portant comme ultimatum : qu’il serait demandé à Haïti de payer annuellement 6,500,000 fr., à savoir : 3, 600,000 fr. pour les intérêts, à 3 pour cent, des 120 millions restant dus sur l’indemnité ; 600,000 fr. pour servir à leur amortissement, à raison d’un demi pour cent ; et 2,300,000 fr. pour le service de l’emprunt. Si Boyer consentait à cet ultimatum, le gouvernement français consentirait aussi à faire un traité de commerce et d’amitié avec la République.

M. Molien était alors en France ; il fut chargé de remplacer M. Maler comme consul général par intérim[1]. Il partit de Brest en janvier 1829, avec M. Saint-Macary, sur la frégate la Cérès, et ils arrivèrent au Port-au-Prince dans les premiers jours de mars. Le nouveau consul général était chargé de signifier l’ordonnance royale au Président. Boyer nomma les trois grands fonctionnaires Imbert, Voltaire et Inginac pour négocier avec lui à ce sujet. Le 3 avril, une convention fut arrêtée, d’après laquelle le gouvernement haïtien écarta l’affaire de l’emprunt pour la l’égler directement avec les porteurs de ses obligations ; et quant à l’indemnité, il consentit à payer annuellement 3,600,000 fr. pour les intérêts des 120 millions, à 3 pour cent, en délégations ou rescriptions sur les douanes de la République, « au pair de la gourde haïtienne, » se réser-

  1. M. Maler quitta Haïti en juin 1827, au moment de l’arrivée de M. F. Cerffber qui fut envoyé comme vice-consul, pour remplacer M. Ragueneau de la Chenaie, aux Cayes. Ce dernier vint alors au Port-au-Prince où il occupa le consulat général par intérim. En 1828, il se rendit en France d’où il ne revint plus. M. Molien y avait été dans la même année.