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gouvernement : le 18 février, une ordonnance de police fut publiée au Port-au-Prince, pour défendre de faire aucune différence entre ces billets de caisse et les espèces monnayées, nationales ou étrangères, dans les transactions entre les particuliers, attendu que le trésor public n’en faisait pas lui-même. Mais c’était une chose impossible à obtenir, puisque déjà la monnaie nationale en espèces n’avait qu’une valeur nominale à côté de la valeur intrinsèque de celles des autres nations qui circulaient aussi dans la République, et qu’elle était sujette à un agiotage dans le commerce. Peu après, le 21 avril, un avis du secrétaire d’État Imbert annonça au public le retrait des billets de 5 gourdes de la circulation, lesquels devaient être échangés aux trésors de diverses administrations dans le délai d’un mois, du 1er au 30 juin suivant. Et le 24 novembre, un nouvel avis du même grand fonctionnaire fut publié, prescrivant le retrait de la monnaie nationale à serpent. Cette opération se fit comme la précédente, les détenteurs furent remboursés en papier-monnaie, excepté pour les petites sommes que présentaient les classes populaires, qui furent échangées en nouvelle monnaie frappée à l’effigie du Président d’Haïti : ce qui fut cause de plus de lenteur. Il arriva que le trésor public reçut de cette monnaie à serpent une somme de 1,800,000 gourdes, lorsqu’il n’en avait été frappé que pour celle de 1,100,000 gourdes : le surplus était de la contrefaçon de l’étranger, principalement des États-Unis, où l’on ne se gêna pas pour contrefaire également la monnaie à effigie. Toutes ces 1,800,000 gourdes passèrent aux creusets de l’hôtel des monnaies.

Diverses lois furent rendues dans la session de cette année, qu’une proclamation du Président avait prorogée au 10 juin. La première retira aux bâtimens nationaux