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rendre au palais du Président, vers minuit : arrêté par un officier de garde, il lui dit qu’il venait se soumettre pour implorer sa grâce de Boyer. Averti par l’officier, le Président ordonna qu’il fût conduit en prison et mis au secret. Le lendemain, le général Lerebours, devenu commandant de l’arrondissement par la mort du général Thomas Jean, y alla l’interroger sur les motifs et le but du complot auquel il avait pris part. Bellegarde lui fit les mêmes réponses qui avaient été faites au général Inginac par Jean Michel ; car il lui avait posé des questions semblables, par rapport au général Borgella. Le Président commua la condamnation à mort en une détention au Môle, que Bellegarde subit quelque temps ; puis il fut remis en liberté.

Nous savons positivement que Boyer resta convaincu que le général Borgella n’avait eu aucune connaissance du complot découvert au mois de juin 1827 ; mais il lui reprochait d’avoir exprimé trop ouvertement son opinion à l’occasion de l’acceptation de l’ordonnance française : ce qui avait été cause que les opposans croyaient pouvoir compter sur lui, en cas qu’il eût été victime du complot[1].

Ce ne fut pas le seul danger auquel Boyer échappa dans cette année 1827. Le 2 février, vers 7 heures du matin, il se rendit à l’arsenal où l’on préparait l’envoi de vingt milliers de poudre et d’autres objets de guerre pour Santo-Domingo,

  1. Mon assertion à ce sujet repose sur la confidence que voulut bien me faire un aide de camp du Président, qui servit de secrétaire au général Lerebours lorsqu’il alla interroger Bellegarde en prison. Cet aide de camp avait remarqué l’intérêt que le général semblait prendre à ce que le condamné accusât le général Borgella, d’avoir été le chef du complot de 1827, tandis qu’il niait toujours ; et comme ce jeune officier estimait et aimait Borgella, qui avait été l’ami de son père, il crut devoir faire part de son observation au Président qui lui répondit ce que je viens d’avancer. — Peu après, au mois de mai, le général Lerebours fut envoyé en mission à Santo-Domingo, avec ordre de s’enquérir de la situation de toutes les parties du service public dans cette ville et dans les bourgs par lesquels il passa pour s’y rendre. À son retour, il présenta au Président un rapport écut dont j’ai la copie sous les yeux, en se réservant, disait-il, de communiquer d’autres informations