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probation de tous ses compagnons d’armes et des citoyens auxquels il s’adressait[1]. Le cri de : vive le Président d’Haïti ! se fit entendre de tous les assistans.

Le 4 juillet une proclamation énergique fut publiée à la capitale. Elle parla du complot comme l’œuvre de « quelques pervers, ennemis de la paix et de la tranquillité publique, dominés par l’ambition et la cupidité, qui se sont imaginés qu’il n’y avait d’autres moyens de parvenir à leur but, qu’en conspirant contre le chef de l’État… Militaires, si de vos rangs sont sortis les traîtres qui voulaient déchirer le sein de la patrie, c’est aussi dans vos rangs que se trouvent les braves qui ont dévoilé leurs perfides machinations… » Aucune allusion n’eut lieu dans cet acte, aux accusations portées contre le Président par ceux qui furent victimes du complot, et ce fut sans doute d’une sage politique.

Le 7 septembre suivant, le grand juge Voltaire publia un avis sur le Télégraphe, par lequel il déclara que « celui qui serait convaincu d’avoir entretenu des intelligences avec J.-L. Bellegarde, de lui avoir donné asile, d’avoir favorisé sa retraite, ou même qui ne l’aurait pas fait connaître par une prompte déclaration aux autorités locales, après en avoir eu connaissance, serait considéré comme complice de ce traître et poursuivi comme tel. » Mais personne ne donna aucune information au gouvernement à ce sujet ; et au commencement de 1828, Bellegarde vint lui-même se

  1. Je n’ai jamais vu Boyer aussi éloquent que ce jour-la. Il dit au colonel Adam, du 11e régiment : « Vous, mon cher colonel, vous qui avez été l’ami de ma mère, cette négresse africaine dont je m’honore d’être le fils, ne savez-vous pas quel amour et quel respect je lui portais ? Ignorez-vous, colonel, que les Français ont failli me noyer dans la rade du Cap, en même temps que Maurepas ? Comment donc peut-on m’accuser d’avoir voulu sacrifier mon pays à la France, mes concitoyens, mes frères, aux Français ? »

    Cette apostrophe produisit une sensation indicible dans cet immense auditoire.