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clamé « chef de l’État, » Borgella accepterait sa nomination ; qu’il s’y déciderait par dévouement à son pays. On doit présumer ainsi d’après ce que nous allons relater, à moins de supposer que Benjamin Noël se résolût à poursuivre lui-même cette coupable entreprise. Et pour la mener à maturité par une autre combinaison et par des agents subalternes, ce ne fut pas trop de six mois pour y gagner un certain nombre.

Le fait est, enfin, que dans les derniers jours du mois de juin, un sergent des grenadiers de la garde à pied du Président, nommé Pierre Juste, s’adressa à son chef de bataillon Constant Domingue, dont il était un ancien camarade, pour le gagner au complot formé contre l’autorité et la personne de Boyer. Constant, officier d’honneur et plein de mérites dans sa noble profession, parut se prêter à ce complot et fit causer le sergent en le questionnant pour savoir quels étaient les individus qui en faisaient partie. Lorsqu’il en eut su les principales ramifications, il déclara à Juste qu’il n’entrerait point dans un tel projet, et qu’il fallait se rendre immédiatement avec lui auprès de leur colonel Denis Tréméré, afin de déclarer à ce dernier tout ce qu’il en savait, parce que Juste lui avait nommé plusieurs officiers, sous-officiers et soldats du régiment des grenadiers et d’autres corps comme participant au complot. Juste se montra effrayé de cette injonction et dit alors que c’était une dénonciation qu’il entendait faire à son chef de bataillon, et non pas un embauchage qu’il tentait. Constant lui dit que c’était une raison de plus pour en parler à leur colonel. Ils allèrent donc chez ce dernier qui reçut la déclaration du sergent et de Constant, et qui les amena tous deux auprès de Boyer.

C’était à une heure avancée de la soirée. Le Président se