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pour le mettre en état d’accusation, s’il y avait lieu, et le faire juger par la haute cour de justice : or, le Sénat lui-même avait contribué et contribuait encore à tout ce que les opposans reprochaient au Président.

Le général Borgella put donc facilement démontrer au général Quayer Larivière ce qu’il y avait d’insolite dans son projet. Mais il s’attacha bien plus encore à lui prouver ce qu’il présentait de dangereux pour le pays, pour ses institutions politiques dont l’influence sur les esprits avait facilité la réunion de tout le territoire d’Haïti sous le même drapeau. Il lui dit : que si on violait la constitution par une entreprise aussi téméraire, ce serait autoriser sa violation par tous ceux qui, à l’avenir, seraient mécontens du gouvernement, et qu’ainsi la patrie n’aurait aucune stabilité. À l’égard de Boyer personnellement, Borgella lui dit : qu’aucun de ses compagnons d’armes ne pouvait révoquer en doute son patriotisme, qu’il en avait fait preuve dans tous les temps et surtout depuis qu’il était au pouvoir ; qu’il pouvait y avoir eu erreur de sa part quand il accepta l’ordonnance française, au lieu de la repousser vigoureusement, mais que ce n’était pas par manque de dévouement à son pays ; que d’après les communications qu’il venait de faire aux généraux, ceux-ci devaient reconnaître qu’il faisait tous ses efforts pour réparer ce que cette ordonnance offrait de défectueux et pour donner des garanties à la nation ; qu’il fallait patienter, et que si le gouvernement français ne voulait pas donner ces garanties en prenant de nouveaux arrangemens, eh bien ! on suspendrait tout payement de la dette nationale ; qu’on ne devait pas oublier que l’indemnité avait été offerte par Pétion lui-même, qu’elle était exorbitante, sans doute, mais qu’il fallait espérer que la France finirait par consentir à la réduire,