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la mort de Pétion, il avait été d’opinion, on le sait, que Borgella dût être préféré à Boyer pour le remplacer, et depuis, il avait toujours conservé à ce général la plus profonde estime. Bien qu’il n’eût peut-être aucun motif particulier de se plaindre du Président qui l’avait élevé en grade et l’avait placé à l’arrondissement de la Grande-Rivière, Quayer Larivière ne l’agréait pas. Vieux révolutionnaire du Nord, subissant l’influence du milieu où il se trouvait, mécontent du déplacement du général Nord Alexis avec lequel il était étroitement lié d’amitié, il était un de ceux qui blâmaient aussi Boyer par rapport à l’acceptation de l’ordonnance ; et comme il avait appris l’opinion manifestée par Borgella à ce sujet, il saisit l’occasion de la réunion des généraux à la capitale, pour lui proposer « de contraindre Boyer à se démettre de la présidence, de le déposer de cette magistrature pour avoir subi, disait-il, les exigences du gouvernement français qui continuait à se jouer de lui, puisque le Président n’en pouvait encore obtenir un traité destiné à effacer ce qui était humiliant dans l’ordonnance, pour l’honneur national. » Et en faisant une telle proposition à Borgella, il lui dit que la plupart de leurs collègues partageaient sa résolution, que le moment était opportun, qu’il fallait en profiter ; il cita particulièrement le général Benjamin Noël comme le plus d’accord avec lui dans cet audacieux projet. Il est vrai que ce dernier avouait depuis longtemps beaucoup d’estime pour Borgella et lui en avait donné des témoignages. Mais Borgella fut loin d’agréer cette proposition aussi étrange que coupable ; car il n’appartenait pas aux généraux de l’année de substituer leur volonté à ce que les institutions du pays avaient prévu, et la constitution ne donnait qu’au Sénat seul le droit d’apprécier la conduite du Président d’Haïti,