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Le grand juge Fresnel étant arrivé à un âge avancé qui ne lui permettait plus de continuer ses hautes fonctions, fut proposé comme candidat au sénatoriat : le 19 février il fut élu, et le lendemain un arrêté du Président nomma le général de brigade Voltaire, grand juge provisoire[1].


Deux années étaient déjà écoulées, depuis que le gouvernement avait accepté l’ordonnance de Charles X qui occasionna une si grande répugnance dans la République. Mais si la tranquillité matérielle n’avait été troublée nulle part, tous les esprits étaient loin d’être dans le calme désirable pour le maintien de l’ordre et la prospérité du pays. L’Opposition qui n’avait cessé de subsister contre Boyer personnellement, qui subsista toujours jusqu’au jour de son renversement du pouvoir, cette Opposition continuait son travail de désaffection, en désapprouvant tous ses actes. En vain faisait-il tous ses efforts pour réparer ce qu’il y eut de malencontreux dans les arrangemens pris avec la France, pour la meilleure administration de l’État ; elle ne lui en tenait aucun compte. Et il faut le dire, la station navale que le gouvernement français faisait entretenir dans quelques ports de la République, au Port-au-Prince principalement, — sans doute sur la demande de son chargé d’affaires et pour la protection de ses agents et de ses nationaux, par la certitude acquise du sourd mécontentement du pays ; — cette présence continue de ces navires de guerre dont les officiers étaient constamment à terre, contribuait beaucoup à l’exaltation des esprits opposans : il leur semblait que la France considérait toujours Haïti comme

  1. Durant seize ans, le grand juge exerça ses fonctions à titre provisoire. Revocable à la volonté du Président d’Haïti, il ne devait pas être designé ainsi dans l’acte de sa nomination ; mais que d’autres fonctionnaires étaient dans le même cas ! C’était une sorte de manie de la part de Boyer