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pour favoriser également le commerce, et qu’il était nécessaire de diminuer la contribution extraordinaire.

« Lorsque l’année dernière, continua-t-il, à l’ouverture de la session, j’exprimai mes sentimens sur la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti, il était naturel de penser que les doutes entretenus à l’étranger, sur la légalité de notre existence nationale, devaient cesser et que la déclaration du roi de France était, en quelque sorte, dans l’opinion des autres puissances, une consécration de la légitimité de nos droits… Cependant, il était essentiel d’obtenir des éclaircissemens sur des points importans, et nous avons successivement demandé au gouvernement français des explications devenues indispensables. Le résultat de nos réclamations n’est pas tel que nous avions droit de l’espérer ; mais l’empire de la raison finira sans doute par écarter des difficultés qui ne peuvent se soutenir devant ce principe qui régit tout État véritablement indépendant. De notre côté, quelles que soient les circonstances, nous ferons notre devoir, et serons toujours fidèles à ce que prescrivent l’honneur et la loyauté… »

On voit que si Boyer correspondait secrètement avec le Sénat et prenait ses avis, pour mener les choses à bonne fin, il savait aussi parler hautement pour rendre compte de ses opérations aux mandataires directs de la nation ; et ce langage mesuré, mais ferme, il le tenait en présence du chargé d’affaires de France qui assistait à cette cérémonie. Mais il ne suffisait pas d’avoir publié la déclaration du 5 mars 1826 et de prononcer des discours, pour prouver au gouvernement français qu’Haïti entendait exercer pleinement sa souveraineté, rester indépendante comme elle l’était avant l’acceptation de l’ordonnance ; il fallait des actes. En conséquence, le Président proposa une loi que la Chambre des