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que désormais ce visa ne paraîtrait plus sur le papier-monnaie.

Cet expédient même auquel le gouvernement avait dû recourir pour payer le service public à l’intérieur, et l’impossibilité où il s’était trouvé de solder le premier terme de l’indemnité, après avoir épuisé tous les fonds qu’il y avait au trésor, avaient sans doute fait pressentir au gouvernement français que le second terme, échéant au 31 décembre 1826, ne serait pas versé à la caisse des dépôts et consignations. Il ne voyait d’ailleurs aucun agent haïtien chargé de contracter un nouvel emprunt en Europe pour cet objet, si tant est qu’il eût été possible d’y trouver encore des prêteurs. Aussi, M. de Villèle lui-même ne fut-il pas étonné quand, au lieu d’argent, le Président d’Haïti fit expédier par le secrétaire d’État, une obligation écrite pour la somme de 30 millions de francs, qui fut déposée à la caisse des dépôts et consignations. On a eu lieu de croire, en Haïti, que M. le baron Maler, convaincu de l’insuffisance des ressources, et pour mieux dire, de la pauvreté de la République, avait préparé son gouvernement à endurer cette nécessité, à considérer que l’exécution littérale de l’ordonnance du 17 avril était chose absolument impossible[1].

Toutefois, quant à l’emprunt, Boyer avait pensé que le pays devait faire tous les efforts possibles pour prouver

  1. On a dit que M. Maler était un ami particulier de M. de Villèle. Durant son séjour en Haïti, il se montra toujours conciliant et d’une bonhomie qui plaisait par ses formes fit ses discours. On connaît le conseil qu’il donna un jour au général Inginac qu’il visitait souvent. Le secrétaire général se récriait contre l’énormité de la dette contractée envers la France ; M. Maler fui répondit : « Nous avons fait avec Haïti une mauvaise affaire ; on vous croyait plus riches. Mais la France est très-puissante ; ne tenez pas un langage qui puisse blesser son honneur. Dites toujours que vous lui paierez, et prenez votre temps : il se peut qu’à la fin elle réduira votre dette. En attendant, ayons de bons rapports entre nous. » — Si ce ne sont pas ses propres paroles, c’en est du moins le sens.