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pour le commerce. La proclamation recommanda aux Haïtiens de respecter strictement les droits des nations.

En conséquence de la publication du code rural et afin de prouver aux citoyens qu’il voulait honorer les travaux des champs, le gouvernement ordonna de célébrer avec pompes, dans toutes les communes, la fête de l’agriculture fixée au 1er mai. À la capitale, le cortège des autorités civiles et militaires, des cominerçans et autres citoyens notables, des instituteurs et leurs élèves, et des groupes de cultivateurs, se réunit au palais de la présidence, d’où il se rendit sur l’autel de la patrie, avec les membres de la Chambre des communes, ceux du Sénat, les grands fonctionnaires et le Président d’Haïti. Là, le conseil des notables proclama les noms des agriculteurs qui avaient été désignés d’avance, comme ayant mérité cette distinction par leurs travaux ; des couronnes civiques furent posées sur leurs têtes, au bruit de la musique militaire et d’une salve d’artillerie, conformément au programme de la fête. Puis, le cortège se rendit à l’église de la paroisse où une messe fut chantée, et le soir la ville fut illuminée, après bien des divertissemens de la part de la population. Dans les années suivantes, les mêmes cérémonies eurent lieu le 1er mai ; mais, hélas ! l’agriculture n’y gagna pas grand’chose ! Le code rural lui avait porté malheur. On finit très-souvent par couronner les plus hardis paresseux qui enviaient cette distinction civique, lorsque le gouvernement imagina d’y joindre des instrumens aratoires comme prix du travail qui honore l’homme des champs : les officiers de police et les conseils d’agriculture se prêtèrent même à ces fraudes[1].

  1. À toutes ces fêtes, les cultivateurs apportaient des produits de leur travail, comme spécimen. On vit à l’une d’elles, un travailleur habituel des magasins de commerce au Port-au-Prince, se présenter parmi eux avec une canne à sucre d’une longueur prodi-