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pays et introduire dans ses ports presque toutes les denrées d’Haïti sur lesquelles il percevait des droits très-élevés.

Il est inutile de dire qu’il n’était nullement question, dans, la convention du 31 octobre, de la « réduction » du chiffre de l’indemnité. À ce sujet, Boyer avait tout espéré de la réclamation qu’il en fit par sa lettre autographe à Charles X, et ce monarque avait fait la sourde oreille. C’était un nouveau motif pour qu’il refusât de ratifier la convention, et ce fut en vain que M. le baron Maler, et M. de Mélay, commandant de la frégate la Médée, qui lui avait été adjoint dans ce but, le pressèrent d’y apposer sa signature. Le 3 mars, il fit adresser au ministère français une dépèche signée par le secrétaire général Inginac, contenant ses divers motifs ; et il sentit en même temps qu’il devenait nécessaire et urgent, autant par rapport aux circonstances politiques où se trouvait le pays depuis l’acceptation de l’ordonnance, que pour fixer le gouvernement français et les autres puissances étrangères, sur le sens qu’il y avait attaché, de publier une déclaration solennelle qui fut rendue sous la forme d’une « proclamation aux Haïtiens, » datée du 5 mars. Nous en donnons ici un extrait :

»… En acceptant l’acte qui reconnaît l’indépendance d’Haïti, nous ne nous sommes pas dissimulé le vague des dispositions qu’il renferme. Nous avons prévu dès-lors la diversité des interprétations qu’on pouvait lui donner ; mais nous aurions cru faire injure au gouvernement français en lui supposant d’autres pensées, d’autres intentions que celles qui, dans une déclaration de cette nature, peuvent seules honorer et immortaliser le souverain qui l’a proclamée. Des intérêts aussi chers, des droits aussi sacrés que ceux de la patrie, ne pouvaient pas toutefois être