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n’ayant pu s’entendre avec le gouvernement, il repartit en même temps qu’un agent haïtien était envoyé en France pour continuer la négociation. On s’en occupait à Paris, quand une révolution détrôna Charles X et institua une nouvelle dynastie en France. L’agent haïtien continua d’y rester, dans l’espoir de terminer cette négociation.

Le grand événement survenu en France exalta tellement l’esprit public en Haïti, qu’à la capitale, à propos d’un incident déplorable survenu entre deux personnes, on vit éclater une opposition insensée contre le gouvernement ; le ministère public dut poursuivre les agitateurs, et le calme se rétablit.

En ce moment, par un article officiel, le gouvernement désavoua la prolongation du séjour de son agent à Paris, que cependant il n’avait pas rappelé et à qui il n’avait pas envoyé de nouveaux pouvoirs, à raison de la caducité des premiers. Bientôt après, cet agent arriva à la capitale et remit au chef de l’État deux traités qu’il avait signés et que le roi des Français avait ratifiés ; l’un était relatif aux arrangemens financiers pour le payement du solde de l’indemnité ; l’autre, au commerce et à la navigation entre les deux pays ; ils étaient tous deux indivisibes, le rejet de l’un entraînant également celui de l’autre. Or, par le dernier, l’agent haïtien avait outrepassé ses instructions en consentant des stipulations contraires aux institutions politiques d’Haïti : ce traité ne pouvait être ratifié par le chef de l’État ; il refusa sa ratification à l’un et à l’autre. Cette résolution porta le consul général de France à rompre toutes relations avec le gouvernement et à se retirer dans son pays.

Boyer fit écrire au gouvernement français pour expliquer ses motifs. Cette dépêche, mal accueillie, eut pour réponse une note verbale qui reflétait les sentimens éprou-