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d’un nouvel arrangement entre la République et les porteurs des titres de son emprunt, et que l’un de ces agents serait pris parmi les membres du Sénat. Ce corps reçut cette communication et s’ajourna dans la séance du 19 février.

Si Boyer fut heureux d’avoir réussi à réparer, dans les traités de 1838, tout ce qu’il y eut de fâcheux dans l’acceptation de l’ordonnance de 1825, par la persévérance, la modération, la loyauté, le tact qu’il mit dans ses rapports avec le gouvernement français ; si les vrais bons citoyens de la République partagèrent sa satisfaction, en lui tenant compte de la difficulté des circonstances et de ses efforts constans pour servir les intérêts de la patrie, il n’en fut pas de même assurément de ceux qui, se prétendant être « les seuls vrais patriotes, » faisaient profession d’être aussi toujours de l’Opposition[1]. On avait remarqué qu’après chacun des grands succès de son gouvernement, cette Opposition systématique semblait se raviver ; ainsi il en avait été à la pacification de la longue révolte de la Grande-Anse, à la réunion de l’Artibonite et du Nord, à celle des départemens de l’Est. Ainsi il en devait être après les traités de 1838.

Quoi qu’en puissent dire ceux qui font profession d’être opposans, quoi qu’ils invoquent pour motiver leurs tracasseries, à côté des quelques idées judicieuses qu’ils émettent dans l’intérêt de leur pays, il y a souvent au fond de leurs cœurs un sentiment de jalousie et d’envie contre ceux qui sont revêtus du pouvoir et de l’autorité, chefs ou ministres ; et ces sentimens les portent à blâmer les actes de ceux-ci,

  1. Que l’on ne se méprenne pas sur le sens de cette assertion. Si j’affirme qu’il y eut des personnes systématiquement opposées à Boyer, je sais aussi qu’il y en eut d’autres dont le patriotisme était sincère, dépourvu de système, et qui se rallièrent successivement à l’Opposition, dans la seule pensée que Boyer eût pu mieux faire et qu’il se montrait trop obstiné dans ses vues qu’on jugeait rétrogrades.