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serait de sa part, non-seulement manquer à ses engagemens, mais faire une chose qui répugnerait beaucoup en France, dans le moment où l’on venait d’y abolir toute espèce de loterie par rapport à l’immoralité qui en résulte[1]. M. de Las Cases insistant pour que les sommes destinées à l’emprunt fussent versées à la Banque de France, à cause de la sûreté qu’elle présentait, le général Inginac lui dit : « La République aimera mieux courir le risque d’une faillite dans une banque particulière. » Cette déclaration mit fin aux efforts tentés pour nuire à M. Laffitte ; mais on y réussit en France même, où le ministère mit tout en jeu pour porter les prêteurs à ne pas souscrire à la combinaison qu’il avait imaginée : ce qui nécessita l’envoi, à Paris, de deux commissaires chargés de prendre des arrangemens avec les prêteurs[2].

Boyer ratifia les deux traités à la même date du 12 février qui leur avait été donnée, afin de complaire aux idées exprimées par les plénipotentiaires français. Le 14, il adressa au Sénat un message en lui disant : que le secrétaire général Inginac et le citoyen S. Villevaleix aîné étaient chargés de les lui présenter et de fournir toutes les explications propres à éclairer son opinion. « J’aime à penser que le Sénat, appréciant l’importance de terminer le litige qui dure depuis si longtemps entre la République et la France, et l’avantage pour l’avenir d’Haïti de conclure ce différend d’une manière favorable, donnera, sous le plus bref délai, sa sanction aux deux traités dont s’agit, conformément au vœu de l’art. 125 de notre pacte constitutionnel. »

Le Sénat se réunit dans l’après-midi du 14, sous la présidence du sénateur Bazelais ; les secrétaires étaient les

  1. Les loteries furent abolies par une loi en 1836.
  2. Le sénateur Frémont et M. P. Faubert qui partirent d’Haïti à la fin de 1838.