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porteurs de titres de l’emprunt, ils devaient faire tous leurs efforts pour s’opposer à la réalisation des vues de M. J. Laffitte.

En conséquence, dans la conférence où ils présentèrent le projet de déclaration relative à l’engagement que souscrirait le gouvernement haïtien pour l’emprunt, ce projet étant libellé de manière à obliger le gouvernement à verser le million, en dépôt, « à la Banque de France, » le sénateur Ardouin leur dit qu’il n’en serait pas ainsi (connaissant parfaitement la pensée du Président) ; que cette somme serait versée dans toute autre banque, soit à Paris, à Londres ou à Amsterdam : il fut soutenu par ses collègues, notamment par le général Inginac.

Le nom de Paris fit comprendre aux plénipotentiaires français qu’il s’agissait de la banque de M. Laffitte, et ils répondirent : que s’ils proposaient la Banque de France, c’était dans l’intérêt même de la République, aucun autre établissement de ce genre n’offrant autant de sûreté et de garantie ; qu’ils avaient appris qu’on engageait le gouvernement à adopter une espèce de loterie pour la libération de l’emprunt, laquelle ne serait pas « aussi avantageuse » que le mode qu’ils indiquaient dans la déclaration, consistant à capitaliser les intérêts échus et dus pour l’emprunt depuis dix ans, pour former une somme totale dont les intérêts seraient désormais servis à raison de 3 pour cent, au lieu de 6 pour cent d’après le contrat primitif[1] ; que si le gouvernement adoptait cette loterie, ce

  1. Les obligations restant entre les mains des péteurs étaient au nombre de 20 mille ; les intérêts non payés depuis 10 ans, à 6 pour cent, formaient une somme de 12 millions ; en les capitalisant, la dette de l’emprunt serait de 32 millions, au lieu de 20 millions. Une telle opération n’aurait donc pas été « aussi avantageuse » pour la République que le mode de libération propose par M. Laffitte. Mais il est vrai que les prêteurs avaient droit de recevoir des intérêts pour leurs titres, surtout en les réduisant à 3 pour cent au lieu de 6 pour cent.