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tiaires haïtiens allèrent entretenir Boyer des débats qui avaient eu lieu : il parut soucieux de ce que la négociation n’avait ainsi fait aucun pas en avant, malgré l’espoir qu’ils lui donnèrent.

MM. de Las Cases et Baudin avaient eu l’attention de faire une visite à chacun des plénipotentiaires haïtiens, après la 2e conférence : ces derniers allèrent ensemble la valeur rendre, le 6, au consulat français. Il fut convenu entre eux qu’ils essayeraient de traiter amiablement de la seule question qui les divisait, du chiffre du solde de l’indemnité. À cet effet, pendant que le général Inginac entretenait M. Baudin plus particulièrement de cet objet, ses collègues s’attachaient à convaincre M. de Las Cases. Le général Inginac déclara à son enterlocuteur que l’on était disposé à consentir à 60 millions, bien qu’on eût tenu au chiffre de 50 millions dans la conférence de la veille. Il lui exposa les motifs politiques qui portaient le gouvernement haïtien à désirer d’obtenir, de la générosité de la France, la réduction du solde effectif de 120 millions à la moitié de cette somme, pour se réconcilier en quelque sorte avec l’opinion de la nation, qui était encore si mécontente des termes de l’ordonnance de 1825 et de l’énorme indemnité que cet acte ambigu avait imposée à Haïti. « En satisfaisant l’honneur national, lui dit-il, par le traité politique, et en réduisant le solde de l’indemnité à 60 millions, la France acquerra pour toujours l’estime et la reconnaissance des Haïtiens, et une telle décision sera digne du gouvernement de 1830 en qui ils ont placé tant de confiance. » M. Baudin était, sans contredit, plus homme d’affaires que son collègue ; il comprit mieux que lui la position de Boyer et de son gouvernement : il laissa le général Inginac dans l’espoit qu’il déterminerait M. de Las