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ciaux dans la République, par cela seul que les cafés de l’Inde jouissaient déjà d’une grande faveur[1]. Mais le sénateur Ardouin lui fit observer que cette faveur accordée en France aux cafés de l’Inde n’était point établie dans un traité, mais par une loi dont le but était de promouvoir la grande navigation, de former des marins, puisque les navires français seuls étaient admis à les importer avec cette modération de droits ; qu’ainsi les plénipotentiaires de la France ne pourraient rien arguer contre le principe dont s’agit, qui n’allait accorder aucune faveur aux cafés d’Haïti. Cette discussion amena un changement dans la rédaction des instructions ; car il fut résolu qu’Haïti ne demanderait aucun avantage sous le rapport du commerce et de la navigation, ne voulant en accorder aucun non plus, afin de traiter également toutes les nations commerçantes dans ses ports[2].

Comme il en était convenu, Boyer reçut M. de Las Cases dans la soirée du 30, et passa deux heures à causer avec lui : nous venons de dire quel devait être le sujet de cet entre lien [3].

  1. Ce produit de l’Inde ne payait que 62 fr. pour 100 kilogrammes, à l’importation par navires français, d’après la loi de 1836 ; mais une loi de 1838 ; venait de porter le droit à 78 fr., tandis que les cafes d’Haïti payaient 95 fr.
  2. Dans le projet de pleins-pouvoirs, il etait dit : « que le Président d’Haïti nommait pour ses plénipotentiaires, les citoyens, etc. » Frémont me dit en particulier qu’il serait plus rationnel de mettre : « pour plénipotentiaires de la Republique, etc., » Le Président ne devant pas tenu à cet égard le même langage que le Roi des Français. Je lui répondis : « Vous avez raison ; mais vous êtes mon aîne dans la carrière, c’est à vous d’en faire l’observation, et je vous appuiera. » Il la fit, je l’appuyai, et Boyer nous dit en souriant : » Ce changement sera fait comme vous le desirez. » En ce moment, nos collègues étaient à quelque distance.
  3. En sortant du palais, M. de Las Cases se rendit à bord de la Néréide, où lui et son collegue se tenaient avant d’avoir pris logement au consulat français. Il s’empressa de dire au commandant Cosmao Dumanoir, « qu’il venait de tout conclure avec Boyer. » M. Cosmao le compliment et alla féliciter aussi M. Baudin de ce succes, croyant qu’ils s’étaient entendus a cet effet. Mais M. Baudin, irrité, fit appeler tous les officiers de la frégate pour être témoins de l’explication qu’il exigea en lieu présence, de M. Las Cases : Celui-ci se rétracta : il y eut dès-lors une certaine froideur entre eux.