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cri qui semblait un vœu pour sa conservation au pouvoir. Aussi bien, il devait une réponse au message de la Chambre, voté avec solennité, relatif à la perception des droits d’importation en monnaies étrangères ; et cette réponse, il lafit dans sa proclamation du 20 juillet. Il y dit que le malaise qu’éprouvait le pays était dû surtout à la crise financière que subissaient l’Europe et les États-Unis depuis une année. « Privé tout à coup du crédit qui le soutenait au dehors, le commerce s’est vu forcé de ralentir le mouvement de ses importations ; et la rareté des objets de première consommation (des comestibles tirés des États-Unis) faisant hausser leur prix, a rendu plus difficile la subsistance du peuple que son intérêt bien entendu ne devrait faire dépendre que de lui-même. À cette cause, il faut en ajouter une autre qui n’a pas peu contribué à aggraver la position du pays. Une longue sécheresse a frappé pour ainsi dire à la fois les différentes parties du territoire de la République, et a ravi à la population ses principales ressources. De là ce malaise général que toutes les classes de la société ont plus ou moins éprouvé et que la malveillance a cherché à exploiter, en lui attribuant une origine de tout autre nature… Chez les autres nations, la crise est née de l’enivrement des spéculations… Chez nous, elle n’a été que le résultat d’une réaction ; c’est le contre-coup de la commotion qui ébranle encore les pays étrangers avec lesquels nous sommes le plus en rapport. Le gouvernement pouvait-il empêcher le mal ? Non, sans doute… [1] »

  1. Une situation semblable vient d’avoir lieu en Haïti, au temps où j’écris cette partie de mes Études. La crise financière commencée aux États-Unis à la fin de 1857 et qui a produit tant de desastres en Europe et même dans l’Amérique méridionale, a eu son contre-coup à Haïti ; des suspensions de payement, des faillites, des banqueroutes fraudu-