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leurs biens, pour les exploiter eux-mêmes au lieu d’en confier la gestion, à des gérans pris nécessairement dans la classe des cultivateurs et n’ayant pas le même intérêt à les faire prospérer, occupés d’ailleurs de soigner les petites propriétés qu’ils possèdent, soit par concessions délivrées par le gouvernement, soit par acquisition de terrains du domaine national. La plupart de ces grands propriétaires étant des fonctionnaires publics ou ayant fui le séjour des campagnes dans les temps de troubles civils, résident dans les villes ou bourgs et ne peuvent par conséquent concourir par leurs lumières aux progrès de l’agriculture, par le perfectionnement des méthodes, par l’introduction de nouvelles machines inventées ailleurs dans le but de diminuer le travail manuel de l’homme ; de là la propension de leur part à croire qu’à l’aide de mesures coercitives, on parviendrait à obtenir plus de résultats dans les cultures. On peut citer cependant l’exemple de beaucoup de grands propriétaires qui, administrant eux-mêmes leurs biens, en ont obtenu à leur satisfaction. Mais, pour la généralité d’entre eux, lorsqu’ils virent l’effet produit par le code rural, ils furent les premiers à se récrier contre l’impuissance du gouvernement à le faire exécuter dans toutes ses dispositions ; ils formèrent dès lors ce qu’on peut appeler « l’Opposition négative. »

De son côté, « l’Opposition active » ne fit pas faute de reprocher au gouvernement et son insuccès dans l’exécution du code rural, et les dispositions de contrainte qu’il contenait. Par ces dernières, elle lui imputa d’avoir voulu rétablir les anciens régimes sur les cultures, contraires aux droits des citoyens habitant les campagnes ; par son insuccès, elle l’accusa d’inertie et d’incapacité ; et il arriva un moment où, dans son infructueux triomphe contre Boyer, elle compta