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Cie ayant mis environ deux ans à exécuter le contrat qu’elle avait fait avec le gouvernement haïtien : pendant ce temps, les banquiers Reid, Irving et Cie opéraient successivement des versemens au trésor de France[1].

Aussitôt que le contrat eut été passé entre le secrétaire d’État et la maison E. Lloyd et Cie, et pendant les conférences entre la commission présidée par le secrétaire général et M. Dupetit-Thouars, Boyer adressa au Sénat le message suivant :

« Port-au-Prince, le 11 janvier 1835, an 32e de l’indépendance. »
» Citoyens sénateurs,

» L’article 158 de la constitution statue que « les relations extérieures et tout ce qui peut les concerner, appartiennent au Président d’Haïti. » Mais l’article précédent 155, en établissant la sanction du Sénat pour la validité des traités de commerce, d’alliance et de paix, conclus par le chef du pouvoir exécutif, a voulu par cela même qu’il y eût une parfaite harmonie de principes entre ces deux pouvoirs ; car autrement la divergence de vues pourrait souvent compromettre les rapports politiques d’Haïti avec l’étranger. C’est donc pour remplir, autant qu’il dépend de moi, l’intention de notre pacte fondamental et pour donner au Sénat une preuve de la confiance que je place dans les lumières et dans le patriotisme de ses membres, que j’ai jugé devoir lui adresser en communication les derniers documens relatifs aux négociations entamées, depuis 1833, avec le gou-

  1. Au 31 décembre 1835 ces banquiers avaient déjà versé 1,900,000 francs. Au 20 novembre 1837, la somme versée s’élevait à 4,488,000 francs, et il ne restait plus qu’un solde de 360,905 francs. Ces chiffres prouvent que le gouvernement haïtien avait à cœur d’éteindre cette dette particulière : il avait fait expédier des sommes importantes en monnaies étrangères, au commencement de 1837. À Londres, M. Irving me dit positivement que le gouvernement français attendait cette liquidation pour tiaiter avec la République, et de là j’en avisai le Président par une lettre du 15 août 1836.