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chargea le secrétaire d’Etat Imbert de voir les négocians de la capitale, à l’effet d’obtenir d’eux des traites sur les places d’Europe en faveur du trésor français, en payement des droits de douanes à acquitter par eux, ou en échange du papier-monnaie qu’il y avait à la caisse. Aucun de ces commerçans ne put satisfaire aux désirs manifestés par M. Imbert qui, il faut le dire pour la vérité historique, étant constamment opposé, sans éclat néanmoins, aux vues de Boyer, ne se donna guère de peine à ce sujet. Le véritable homme d’État, celui qui se dévouait sans cesse dans le gouvernement avec un zèle patriotique, pour trouver le moyen de sortir d’une difficulté présente, le secrétaire général Inginac, fut chargé par le Président de s’occuper de cette affaire.

M. E. Lloyd, qu’on a déjà vu figurer dans ce volume, se trouvait heureusement au Port-au-Prince en ce moment. Le secrétaire général pensa que sa maison seule pouvait tirer le gouvernement de cet embarras[1]. Ayant des affaires importantes avec les banquiers Reid, Irving et Cie, de Londres, M. Lloyd consentit à donner à la République une « lettre de » crédit » sur eux, pour « garantir » au gouvernement français le remboursement de ses avances, à la condition de recevoir du trésor haïtien, successivement, les sommes nécessaires en papier-monnaie, qu’il emploierait sur les places du pays à l’achat de cafés ou autres denrées, dont la vente en Europe produirait l’équivalent de ce qu’il faudrait compter au trésor de France. Au moyen de cet arrangement, par un contrat écrit, MM. Reid, Irving et Cie « répondraient de payer les 4,848,905 francs. » M. Lloyd fit observer néan-

  1. Ce fut à M. Alexis Dupuy, Haïtien (fils de l’ancien baron Dupuy, du Nord), et associe de M. E. Lloyd, que le général Inginac s’adressa d’abord ; il se prêta avec un vrai patriotisme à dégager Boyer de sa promesse. — Voyez les Mémoires d’Inginac, pages 90 et 91. Par manque de souvenir, il a parlé de ce fait comme passé en 1837.