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bles sont capables de moissonner les richesses de son sol fertile. À leur imitation, des étrangers se sont adonnés également aux coupes d’acajou ; les commerçans ont fourni aux uns et aux autres les moyens nécessaires, et des millions de billes ont été exportées du pays depuis cette époque. Cette industrie a donné de la valeur aux propriétés circonvoisines où l’on abat les arbres ; les hattiers ont augmenté leurs troupeaux de bestiaux pour fournir des bœufs de trait employés à transporter l’acajou aux bords des rivières ; de nombreux ouvriers ont trouvé un emploi utile ; les denrées cultivées sur les habitations ont eu un nouveau débouché qu’elles n’avaient pas auparavant ; enfin, l’Etat a vu accroître ses revenus par les droits d’exportation prélevés sur l’acajou ; il a pu tirer aussi des sommes considérables pour le bois coupé sur les terrains appartenant au domaine. Voilà le fructueux résultat de la louable entreprise d’un Haïtien.

Le gouvernement, voulant tirer parti de tous le bois d’acajou qui abonde dans les îles de la Gonave et de la Tortue, appartenant entièrement au domaine, le 10 janvier de cette année le secrétaire d’Etat publia un avis qui offrit cette entreprise à qui produirait la proposition la plus avantageuse ; et, le lendemain, un autre avis invita les débiteurs retardataires à payer au trésor public ce qu’ils devaient pour avoir coupé des acajoux sur les terres du domaine dans les communes de l’Est. Il y avait trop de difficultés dans l’actualité, pour que le premier avis eût l’effet désiré ; les deux îles de la Gonave et de la Tortue n’étant pas habitées, il ne s’y trouvait aucune culture de vivres nécessaires à l’alimentation des nombreux ouvriers qui devraient s’y transporter pour la coupe des arbres ; il faudrait faire trop de frais pour en apporter de la grande