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du meurtre commis sur la personne du citoyen M. Laforêt par le représentant J. Roche, de cette commune, qui, n’ayant pu être saisi sur-le-champ, s’était tenu caché et était ensuite parti pour l’étranger. La Chambre renvoya ces pièces à son comité de l’intérieur pour en faire un rapport. À la séance du 9 mai, ce rapport fut présenté par Latortue, au nom du comité qui constata les faits suivans :

Par suite d’inimitié entre Laforêt et Roche, le premier étant monté sur un cheval et armé de sabre et de pistolets, rencontra son adversaire, sans armes, dans les rues de Jérémie, le renversa sous son cheval et le fouetta, sans pitié, de sa cravache. Roche forma une plainte et obtint la condamnation de Laforêt, à deux années d’emprisonnement, par le tribunal correctionnel. Laforêt se pourvut en cassation et ne subit pas la peine : le jugement fut annullé pour vices de formes et l’affaire renvoyée au tribunal des Cayes pour être de nouveau jugée. Le 28 octobre 1833, Laforêt prétendit que dans la nuit précédente Roche avait tenté de l’assassiner en lui tirant des coups de fusil ; et il forma sa plainte au ministère public, mais sans en fournir la preuve. Il était encore armé et monté sur un cheval ; il déclara à ce magistrat et aux autres autorités de Jérémie, qu’il resterait ainsi armé par rapporta son adversaire. Or, un témoin déclara qu’en sortant de chez ces diverses autorités, Laforêt lui dit que son intention était de trancher la tète de Roche ; menace qu’il avait d’ailleurs proférée auparavant, au dire d’autres témoins qui en avaient prévenu son adversaire. Dans l’après-midi du 28 octobre, Roche le vit venir à cheval, tout armé, et s’arrêter devant une maison contiguë à la sienne, causant avec une dame. En ce moment, Roche s’arma d’un fusil ayant baïonnette et chargé à deux balles ; il sortit de sa demeure, et, presque à bout portant, il tira le coup ; les