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même à Rome pour aplanir toutes les difficultés, en lui disant que si le Saint-Père voulait déférer à ses désirs, il ne choisirait pas un autre ecclésiastique que lui pour être l’archevêque d’Haïti, que sa confiance en lui était pleine et entière ; et il le pria d’accepter de sa cassette particulière 3,000 piastres destinées à le défrayer de ce voyage[1].

Le légat quitta Haïti et se rendit à Rome où, sans nul doute, il fit agréer ses dernières idées ; car au mois d’août de la même année, Grégoire XVI le nomma « vicaire apostolique pour la République, » espérant que Boyer l’admettrait en cette qualité, par l’intention qu’il avait manifestée de le choisir pour être archevêque du diocèse. Celui de Charleston devant vaquer par cet arrangement, le Saint-Père y nomma un évêque coadjuteur en la personne de M. Clancy, vicaire général en ce lieu. Disons une fois ce qui s’ensuivit.

De retour à Charleston, l’évêque J. England laissa passer toute l’année 1835, quoiqu’il eût annoncé plusieurs fois à Boyer qu’il allait venir à Haïti pour terminer les arrangemens avec la cour de Rome. En février 1836, son coadjuteur Clancy arriva, porteur d’une copie du bref qui le nommait vicaire apostolique, afin de le faire agréer par le Président et de se mettre en possession provisoire au nom du titulaire. Mais le Président chargea les sénateurs Pierre André et B. Ardouin et M. E.S. Villevaleix de dire à l’évêque Clancy : qu’il ne pouvait admettre un vicaire apostolique en Haïti ; qu’il voulait un concordat avec la cour de Rome, lequel réglerait les affaires religieuses.

  1. On remarquera ce trait d’intégrité de la part de Boyer qui ne voulut pas disposer des fonds publics pour cet objet, bien que les frais de réception du légat eussent été payes par le trésor.