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seront crus autorisés à le faire, par le déplorable précédent de la législature de 1822, sans envisager la différence des temps et des circonstances, sans considérer les funestes conséquences qui résulteraient nécessairement de cet acte arbitraire et d’autant plus odieux, qu’ils n’admirent pas les deux représentans exclus à entendre les accusations portées contre eux et à se défendre. En 1822, la Chambre avait au moins une excuse, quelque faible qu’elle fût, en ce que ses membres exclus avaient été arrêtés, disait-on, par le peuple, et emprisonnés par l’autorité exécutive, comme complices de l’auteur d’une pétition jugée séditeuse ; mais en 1833, quelle excuse pouvait-elle présenter en faveur de cette violation du droit sacré de la défense ? H. Dumesle et D. Saint-Preux se montraient opposans, cela est vrai ; mais l’institution d’une assemblée législative et politique n’entraîne-t-elle pas la faculté, sinon le droit, de faire de l’opposition au pouvoir exécutif, même d’en abuser ? La majorité de leurs collègues étant formellement décidée à combattre, à repousser leurs opinions plus ou moins contraires aux vues de ce pouvoir, elle aurait pu leur laisser la faculté de discourir à leur aise, si elle n’était pas elle-même passionnée comme son chef.

Aussi, quel parti H. Dumesle n’a-t-il pas tiré de son exclusion de la Chambre des communes ! Il n’y était qu’un oppossant, elle en fit le Chef de l’Opposition existante dans le pays contre le gouvernement de Boyer. Le Président passa naturellement à ses yeux pour être l’auteur secret, « le ressort invisible qui fit mouvoir cette trame, comme l’événement du 30 août 1822, » ainsi que le fait entendre sa protestation ; car elle est tout entière de lui, on y reconnaît son style, et D. Saint-Preux, malgré le concours intelligent qu’il lui prêtait et qui fit de lui le lieutenant de H. Du-