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discours publié dans le temps ; les paroles sinistres qui sont sorties de la même bouche à la séance du 29 juillet dernier[1], à l’occasion d’une loi d’impôt contenant des dispositions acerbes, loi qui a été rejetée à la presque unanimité de la Chambre[2] ; ces paroles, disons-nous, sorties de la bouche du principal machinateur de cette trame, étaient sans doute des indices suffisans pour faire penser que le ressort invisible qui fit mouvoir l’événement du 30 août 1822[3], de cette époque qu’il faudrait pouvoir arracher des pages de notre histoire, était remis en activité pour reproduire le dénouement fatal avec moins d’agitation et plus d’immoralité encore. Toutefois, nous n’avions pas besoin de cet avertissement pour savoir que ceux qui sèment les principes ne recueillent le plus souvent qu’amertume et dangers ; mais en entrant dans la carrière, nous avions écrit sur nos cœurs : Dieu, la Patrie, l’Univers et la Postérité ! Nous n’ignorions pas que la présence d’un seul homme de bien fait le supplice des méchans, et que ceux qui renoncent à toute pudeur politique sont propres à être les instrumens des plus funestes desseins ; nous étions avertis, avant de quitter nos foyers domestiques, que la palme législative devait être pour nous changée en cyprès ; mais nous n’avons pas dû reculer devant nos devoirs et la confiance de nos électeurs. D’ailleurs, il était naturel de croire qu’au sein de la paix la plus parfaite, on n’oserait pas, pour arriver à nous, consommer un si grand attentat contre la constitution, et lugubrer l’avenir par le présent. Qu’a-t-on, en effet, à nous reprocher ? Une intime et profonde conviction que la vérité est le principe régénérateur des Etats. Disciples de cette révélation politique et morale qui enseigne les droits des peuples, et les

  1. Allusion au discours de Milscent, à propos de la loi sur l’impôt foncier.
  2. Elle fut seulement ajournée, mais votée ensuite.
  3. Allusion a l’affaire de F. Darfour, qui entraîna l’expulsion de plusieurs représentan.