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constances que nous avons relatées d’après le Bulletin des lois. Ayant produit les accusations portées contre eux, il est juste que l’histoire fasse connaître ce qu’ils ont dit pour leur défense devant, la nation et la postérité. Ils n’avaient pu se faire entendre de leurs collègues ; ils adoptèrent la voie d’une protestation en date du 14 août ; la voici ;

« Nous soussignés, représentans des communes des Cayes et d’Aquin, déclarons à la face de la nation haïtienne, dans l’intérêt de nos électeurs, pour notre propre honneur et la conservation de nos droits imprescriptibles, protester solennellement contre l’acte attentatoire par lequel ceux de nos collègues qui ont profané leurs mandats, s’attribuent exclusivement le droit de composer la Chambre des représentans des communes et prétendent nous exclure de cette assemblée. Et, dans le sentiment d’une profonde douleur, d’une juste et patriotique indignation, nous déclarons que, s’étant emparés de toute la puissance législative, ceux-là ont frappé d’interdit les prérogatives du Sénat, usurpé le pouvoir judiciaire et rompu l’équilibre social ; ils ont, par cette perturbation subversive, compromis le gouvernement constitutionnel, en imaginant des dangers de position pour immoler les principes consécrateurs de l’ordre et de la sûreté publique à leur prétendu dévouement ; qu’ils ont violé dans nos personnes les garanties assurées à la représentation nationale et tous les droits des électeurs ; qu’ils ont foulé aux pieds les formes protectrices des libertés publiques, proclamé la révolte de l’inconstitutionnalité, établi le despotisme et ses funestes théories ; et puisant dans les souvenirs des temps désastreux l’exemple de la plus monstrueuse politique, ils ont calomnié pour proscrire, et les pensées généreuses et les vœux formés pour les améliorations sociales et le bonheur commun.